A l'Agora, cité internationale de la danse de Montpellier, Ushio Amagatsu s'est rendu disponible pour donner les clés de son nouveau spectacles Meguri, exubérance marine, tranquillité terrestre ; des 12 et 13 janvier 2017. 
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Sur la photo, Ushio Amagatsu. A sa droite, Piere Barnier.

Les débuts d'Amagatsu

Ushio Amagatsu est né à Yoguka en 1959, créé en 1975 sa propre compagnie Sankai Juku autour d'un atelier chorégraphique avec une trentaine de participants. En 1978, il réalise sa première production importante Kinkan Shonen, qui déclenchera dès 1980 ses voyages en Europe, avec notamment le soutien du Théatre de la ville (Paris). Ushio Amagatsu depuis 1982 a produit 10 pièces. Le spectacle Kinkan Shonen part d'une expérience d'évanouissement et se fonde sur cette seconde pendant laquelle Uhsio Amagatsu s'évanouie, tombe en arrière mais ne se casse pas. Le spectacle se glisse dans cet espace temps entre la chute et le retour du coma. Ce premier spectacle qui démarre sur un souvenir personnel laissera la place à des productions moins anecdotiques, plus universelles. Ushio Amagatsu à rencontré les maîtres du butô, dont la conception du rapport au corps l'a impressioné. C'est aussi grâce à la rencontre avec des maîtres du butô, dans la décennie 1960-1970, qu'il va construire sa propre conception du butô. Ushio Amagatsu, rappelle qu'avant 1980, il ne connaissait pas d'autres pays que le Japon. Ses voyages successifs le fascinent et ils réalisent combien certes les cultures sont différentes, mais qu'il y a une intersection commune, universelle à l'humanité. Les hommes ont les mêmes préoccupations existentielles, même si leur quotidien social, familial, individuel est différent. Au-delà de ces préoccupations existentielles, Ushio Amagatsu rappelle aussi que dans sa pièce Shijima (L'obscurité se calme dans l'espace), le symbole de la croix qui évoque la crucifixion dans une culture occidentale, représente pour lui le thème de l'universalisme. Les codes sont culturels mais les préoccupations universelles. Ainsi, la fasincation du public est indépendante de la culture du pays. Au Brésil, le public est autant fasciné qu'en France ou ailleurs, au-delà des clichés musicaux que nous pouvons avoir sur ce pays.

 

Marcher c'est déjà utiliser la gravité. Danser, c'est s'affranchir de la gravité

On le sait au moins depuis la parution de son livre Dialogue avec la gravité, l'oeuvre d'Ushio Amagatsu est traversée par la question de la gravité, l'expérience de la gravité qu'il exprime dans la danse. Il dit que tout travail de danseur est un incessant dialogue avec la gravité, une recherche de la tension. La terre tient le corps. La danse du butô est basée dans cette opposition entre tension et relaxation. C'est ce travail sur la gravité qui fait la technique d'Amagatsu. Face à la tension (les sauts) il y a tout de suite l'idée de la relaxation, de la passivité pour laquelle le danseur doit utiliser le moins d'énergie musculaire, sachant « marcher c'est déjà utiliser la gravité. Danser, c'est s'affranchir de la gravité », tout en sachant qu'elle est là, et l'expression du danseur vient de l'attention à cet équilibre entre tension et relaxation. Amagatsu insiste sur la nécessité de se concentrer avec simplicité. Il y a huit danseurs dans ce spectacle, dont un le plus ancien a l'âge d'Amagatsu et le plus jeune est arrivé il y a cinq ans. Quand les danseurs produisent un mouvement, une rotation, Amagatsu leur demande d'imaginer qu'il y a une ficelle qui relie deux danseurs. Celui qui est au bout de la ficelle, doit aller plus vite que celui qui est au centre. Si la rotation se fait toujours au même rythme, il y a un danseur qui devra aller plus lentement que le premier. Cette lenteur n'est pas calculée, ce n'est pas non plus une lenteur esthétique, c'est une lenteur qui s'apparente à un mouvement, une lenteur nécessaire. Et cela ne peut s'exécuter, que si le danseur -il n'y a que des hommes dans la compagnie Sankaï juku – projette son propre corps dans l'espace en relation avec le temps. Que les danseurs soient toujours en lien entre eux, telle est la base du travail d'Amagatsu.

 

Meguri,le spectacle

Son point de départ, les histoires naturelles. Amagatsu, chorégraphe de la cosmologie, s'intéresse ici à l'histoire de la terre et à l'histoire humaine en ayant comme toile de fond le lys des mers, qui ressemble à une plante, mais qui était un animal qui s'est fossilisé. Amagatsu aime travailler sur ces transformations opérées dans la nature au fil des siècles et les rapporter à l'échelle humaine, du fœtus à la vieillesse.

Un décor comme aspiration de l'espace

Amagatsu attache beaucoup d'importance à la lumière, qui permet à l'espace de respirer. Un décor conçu comme aspiration de l'espace, pour lequel il travaille en soustraction de lumière. Au moment de la création, il y a 450 projecteurs, puis il supprime les lumières au fur et à mesure. Pour Meguri, Amagatsu a joué sur le côté terrestre et marin et ce bleu marin est devenu transparent, par suppression des lumières blanches. C'est une esthétique unique. Pour le décor, il a l'habitude de se décider au dernier moment, sauf que dans ce spectacle, il a fallu anticiper en raison de la masse de matériel déplacée.A Montpellier danse, c'est l'endroit le plus facile au monde à préparer en raison de la qualité des équipes.

 

Meguri, la musique.

Les répétitions se font sans musique. Il y a trois compositeurs japonais. Monseiur Takashi Kako: pianiste, jazz man, qui a composé avec Messiaen ; Yas Kaze, compositeur et chorégraphe. Et Yoichiro Yoshikawa, synthétiseur.

BLOG – Meguri de Sankai Juku, retour d’un petit-déjeuner avec Amagatsu

Guylène DUBOIS


C'est dans le cadre d'une carrière professionnelle dans l'univers du livre que Guylène Dubois a animé pendant 16 ans des émissions littéraires, théologiques et sur le livre numérique, à l'antenne de Fréquence Protestante, à Paris.


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